Le désherbant Radikal est un herbicide total non sélectif à base de glyphosate, absorbé par voie foliaire. Quand le résultat ne suit pas, le réflexe habituel consiste à incriminer la formulation. Dans la majorité des cas, l’échec s’explique par des facteurs extérieurs au produit lui-même : conditions d’application, état physiologique de la plante cible, ou tout simplement un cadre réglementaire qui a changé.
Dégradation du glyphosate dans le bidon : un problème sous-estimé
Un point rarement abordé dans les guides d’utilisation grand public concerne la stabilité du glyphosate après ouverture. La molécule, sous forme de sel d’isopropylamine ou de potassium selon les formulations, reste stable dans son conditionnement d’origine tant que celui-ci est hermétique et stocké hors gel, hors chaleur directe.
Dès que le bidon a été ouvert, exposé à des températures élevées (remise en tôle, coffre de voiture en été) ou conservé plusieurs saisons, la concentration effective en matière active chute. Nous observons régulièrement des utilisateurs qui traitent avec un produit acheté il y a plusieurs années, parfois mal refermé, et qui constatent un jaunissement partiel du feuillage sans destruction racinaire.
Le glyphosate n’est pas un produit de contact : il doit être transloqué via la sève élaborée jusqu’aux organes de réserve. Si la concentration réelle dans la bouillie est inférieure au seuil actif, la plante subit un stress foliaire passager puis repart du collet ou du rhizome.
Vérifier avant de traiter
Un bidon entamé depuis plus d’une saison, stocké dans un local non tempéré, doit être considéré comme suspect. Aucun test simple ne permet de mesurer la concentration résiduelle sans matériel de laboratoire. En contexte professionnel, nous recommandons de ne pas conserver de fond de bidon d’une campagne à l’autre.

Radikal désherbant et adventices vivaces : pourquoi le rhizome résiste
Le chiendent, le liseron des haies et la prêle constituent les trois cas d’échec les plus fréquents. Ces adventices vivaces disposent d’un réseau racinaire ou rhizomateux profond, parfois sur plusieurs dizaines de centimètres, qui stocke des réserves glucidiques considérables.
Pour qu’un herbicide systémique atteigne ces réserves, deux conditions doivent être réunies simultanément :
- La plante doit être en phase active de croissance, avec un flux de sève descendant suffisant pour véhiculer la molécule jusqu’aux organes souterrains.
- La surface foliaire exposée doit être suffisante pour absorber une dose létale. Une plante fauchée récemment ou en stress hydrique ne présente pas assez de feuillage récepteur.
- La température ambiante doit se situer au-dessus du seuil métabolique de la plante cible, généralement au-delà de 10-12 °C pour les graminées rhizomateuses.
Traiter une touffe de chiendent en dormance hivernale ou un liseron desséché par la canicule revient à pulvériser sur une cible métaboliquement inactive. Le produit reste en surface, se dégrade par photolyse et ne descend jamais.
Le cas particulier de la prêle
La prêle des champs pose un problème supplémentaire : sa cuticule silicifiée limite fortement la pénétration foliaire du glyphosate. Même en conditions adaptées de température et d’hygrométrie, le taux d’absorption cuticulaire sur prêle reste très faible. Les résultats décevants sur cette adventice ne signalent pas un défaut du produit mais une incompatibilité physiologique entre la molécule et la plante cible.
Qualité de l’eau et pH de la bouillie : le facteur invisible
La dureté de l’eau de dilution influence directement la biodisponibilité du glyphosate en solution. Une eau calcaire (pH supérieur à 7,5, forte concentration en ions calcium et magnésium) provoque une chélation partielle de la molécule. Le glyphosate se lie aux cations divalents et forme des sels insolubles qui ne traversent plus la cuticule.
En pratique, une eau de forage calcaire peut réduire significativement l’efficacité d’un traitement, même à dose nominale correcte. Les professionnels corrigent ce problème avec un acidifiant ou un adjuvant anti-calcaire ajouté dans la cuve avant le produit. Ce détail technique est absent de la plupart des notices destinées aux utilisateurs non professionnels.
L’ordre d’incorporation compte aussi : le glyphosate doit être versé dans une cuve déjà partiellement remplie d’eau, jamais l’inverse, pour garantir une dilution homogène et éviter la formation de grumeaux de matière active concentrée au fond du pulvérisateur.

Réglementation française : Radikal interdit aux particuliers
Depuis l’extension de la loi Labbé et ses durcissements successifs, les désherbants à base de glyphosate sont interdits à l’achat et à l’usage pour les particuliers en France. Cette interdiction couvre l’ensemble des produits phytopharmaceutiques de synthèse contenant du glyphosate hors usage professionnel : jardins, allées, potagers, terrasses.
Une part non négligeable des retours négatifs sur Radikal provient d’utilisateurs qui traitent avec des fonds de bidons anciens, mal conservés, achetés avant l’interdiction. Dans ce contexte, le produit a pu perdre son efficacité par dégradation chimique, et son utilisation est de toute façon hors cadre légal.
Réapprobation européenne et restrictions d’usage
Au niveau européen, le glyphosate a été réapprouvé en 2023 pour dix ans, jusqu’au 15 décembre 2033, via le règlement d’exécution (UE) 2023/2660. Ce renouvellement s’accompagne de restrictions, notamment l’interdiction de la dessiccation pré-récolte. Un agriculteur qui cherchait à utiliser Radikal comme dessicant avant moisson ne trouvera plus cette indication sur l’étiquette, et les formulations actuelles ne sont plus optimisées pour cet usage.
La confusion entre un produit « qui ne marche pas » et un produit utilisé dans un cadre non prévu par son autorisation de mise sur le marché reste fréquente. Avant de remettre en cause l’efficacité d’un herbicide, la première vérification porte sur la conformité de l’usage avec l’étiquette en vigueur.
Un échec de désherbage avec Radikal se résout rarement en augmentant la dose. Le diagnostic passe par l’état du produit, la physiologie de l’adventice ciblée, la qualité de la bouillie et la légalité même du traitement. Dans la majorité des situations, corriger un seul de ces paramètres suffit à rétablir l’efficacité attendue.

