Tomate taches noires : reconnaître la différence entre cul noir et maladies fongiques

Une tache noire sur une tomate, et le doute s’installe. Le fruit est-il attaqué par un champignon, ou s’agit-il d’un simple problème d’arrosage ? La réponse change radicalement la marche à suivre : traitement fongicide dans un cas, correction de l’irrigation dans l’autre. Distinguer le cul noir de la tomate d’une maladie fongique comme le mildiou ou l’alternariose évite de perdre du temps, de l’argent et surtout des fruits.

Cul noir de la tomate : une tache qui n’a rien d’une maladie

Le cul noir, appelé aussi nécrose apicale, n’est pas provoqué par un champignon ni par une bactérie. C’est un désordre physiologique lié à un déficit en calcium dans le fruit au moment de sa croissance rapide.

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Vous avez déjà remarqué une zone brune, aplatie, presque cartonnée à la base du fruit ? C’est le signe typique. La tache apparaît côté fleur (le « cul » de la tomate), jamais sur les feuilles ni sur la tige. Elle est sèche, légèrement enfoncée, et ne dégage aucune odeur de pourriture au début.

Pourquoi le calcium manque au fruit

Le sol contient souvent assez de calcium. Le problème vient du transport : quand l’arrosage est irrégulier, la plante n’arrive pas à faire monter le calcium jusqu’aux fruits en pleine croissance. Un épisode de forte chaleur suivi d’un arrosage massif suffit à déclencher le phénomène.

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Les essais menés par l’INRAE et le CTIFL entre 2021 et 2023 confirment ce mécanisme. Des variétés sélectionnées pour résister au mildiou développent quand même la pourriture apicale lorsque l’arrosage est irrégulier. La génétique de résistance aux champignons ne protège pas du cul noir, car les deux problèmes n’ont aucun lien biologique.

Comparaison entre une tomate atteinte de cul noir et une tomate avec des taches fongiques tenues par des mains de jardinier

Taches fongiques sur tomate : mildiou et alternariose, deux profils distincts

Les maladies fongiques, elles, sont causées par des organismes vivants qui se propagent. Leur apparence, leur localisation et leur comportement n’ont rien à voir avec le cul noir.

Le mildiou : taches grasses sur les feuilles, puis sur les fruits

Le mildiou de la tomate (causé par Phytophthora infestans) commence presque toujours par les feuilles. Des taches brunes, grasses, à bords irréguliers apparaissent sur le feuillage. Par temps humide, un feutrage blanchâtre se forme au revers des feuilles.

Sur le fruit, les taches sont marbrées, de couleur brun-olivâtre, et peuvent toucher n’importe quelle zone (côté, haut, bas). Le fruit reste ferme au départ mais se décompose vite. Contrairement au cul noir, le mildiou attaque feuilles, tiges et fruits simultanément.

L’alternariose : des cercles concentriques reconnaissables

L’alternariose (causée par Alternaria solani) produit des taches rondes, brun foncé à noires, marquées par des anneaux concentriques, un peu comme une cible. Ces taches apparaissent d’abord sur les feuilles basses, puis remontent. Sur les fruits, elles se forment souvent près du pédoncule, pas à la base comme le cul noir.

Le champignon se développe par temps chaud et humide, et les spores se conservent dans le sol d’une saison à l’autre.

Diagnostic visuel rapide : où regarder, quoi toucher

Un tableau mental simple permet de trancher en quelques secondes devant un plant suspect :

  • Localisation de la tache sur le fruit : base du fruit (côté fleur) = probablement cul noir. N’importe où sur le fruit + feuilles atteintes = maladie fongique.
  • Texture de la tache : sèche, enfoncée, cartonnée = nécrose apicale. Molle, humide, avec un halo ou un feutrage = champignon.
  • État du feuillage : feuilles saines = le problème vient de l’eau et du calcium. Feuilles tachées, jaunies ou avec un duvet = infection fongique en cours.
  • Propagation : le cul noir touche des fruits isolés, souvent les premiers de la grappe. Les maladies fongiques se répandent de plant en plant.

Plant de tomates en plein air avec des feuilles et des fruits présentant des taches fongiques concentriques et des lésions brunes caractéristiques de maladies cryptogamiques

Corriger le cul noir sans traitement chimique

Puisque la nécrose apicale n’est pas une maladie, aucun fongicide ne la corrigera. Le levier principal est la régularité de l’arrosage.

Un paillage épais au pied des plants limite l’évaporation et stabilise l’humidité du sol. En période de canicule, mieux vaut arroser modérément chaque jour que noyer les plants une fois par semaine. Un arrosage régulier est la meilleure prévention contre le cul noir.

Certains jardiniers ajoutent un amendement calcaire (coquilles d’œufs broyées, lithothamne) au pied des plants. L’effet est lent, car le calcium doit se solubiliser puis être absorbé par les racines. Cet apport fonctionne surtout en prévention, intégré au sol avant plantation.

Faut-il retirer les fruits touchés ?

Un fruit atteint de cul noir reste comestible si la partie noire est découpée. La zone saine du fruit n’est ni toxique ni altérée en goût. En revanche, un fruit attaqué par le mildiou doit être retiré et écarté du compost pour limiter la dispersion des spores.

Quand les deux problèmes surviennent en même temps

Un rapport technique de l’ITAB et de la FNAB, publié en 2024, documente un phénomène qui complique le diagnostic : lors des étés caniculaires de 2022 et 2023, les exploitations de tomates bio en France ont connu une hausse simultanée du cul noir et des maladies fongiques. Les stress hydriques courts et répétés (sécheresse puis pluie ou arrosage massif) favorisent les deux problèmes en même temps.

Dans cette situation, examiner les feuilles avant les fruits reste le réflexe le plus fiable. Si le feuillage est sain, les taches noires sur les fruits sont très probablement de la nécrose apicale, même si plusieurs plants sont touchés.

Un plant peut aussi présenter les deux : cul noir sur certains fruits et mildiou sur les feuilles. Les traitements sont alors différents pour chaque problème : régulation de l’arrosage d’un côté, retrait des feuilles infectées et traitement à base de cuivre de l’autre. Mélanger les deux diagnostics conduit à des interventions inutiles ou insuffisantes.

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